Je pars pour
reprendre, poursuivre et achever un voyage déjà commencé, de ces voyage en solitaire et pas forcément ordinaire, précieux, mais qui pourrait paraître futile et étrange à tous ceux qui se
désinteressent de l'écriture.
Je ne sais pas vraiment où il va me mener même si j’en ai une vague idée et si j’en ai déjà appréhendé le
déroulement. Appréhendé oui. J’appréhende le moment où je voyage. Je l’appréhende et je le désire . Je le crains et le motive. Je le retarde ou l’avance. Ou bien, qui sait? N'est-ce pas le moment
où je vais devoir en sortir qui m'effraie le plus? Je vous parle de ce voyage intérieur que procure l 'écriture, qui est l'écriture. Ce voyage intérieur est une autre vie. Nous avons deux
vies quand nous écrivons, n’est-ce pas ? Ce n’est peut-être là que l’un des petits secrets de l’écriture. La vraie vie et celle imaginée, créée, écrite, intérieure et qui doit s'ouvrir
simultanément, et tout l’art que je ne possède pas est d’organiser ses deux vies sans qu’elles se nuisent l’une à l’autre, sans que l’une détruise l’autre.
L’idéal serait sans doute de pouvoir se retrouver seul dans un endroit choisi et réfléchi. Je ne sais plus quel écrivain a écrit qu’il fallait au moins une chambre à soi pour écrire. Qu’importe sa forme et sa place. Une chambre, un lieu de recueillement, de méditation, dédié et consacré à l’imaginaire, à l’acte créatif. Il me manque cet espace peut-être ou bien n’ai-je point voulu le trouver. Il me manque une régularité du voyage pour profiter pleinement de chaque étape, en faire profiter les autres, aller à leur rencontre par l’écriture, mais ça vient. Il y a cette fichue culpabilité également, écrire alors qu’il y a tant à faire, à construire ailleurs, à lutter, à aimer, à vivre tout simplement. Ecrire ? La belle affaire ! Quand on n'est pas écrivain. Drôle d’affaire que l’écriture qui vous ronge et vous dérange, qui vous assiège et vous émeut, qui vous repousse et vous attire, qui vous blesse et vous guérit à la fois. Ecrire, écrire, la belle affaire, oui, quand il s’agit d’apprendre à se laisser emporter mais pas trop, couler sous la vague pour en ressortir, grimper à la cime sans y perdre sa respiration, admirer peut-être, éblouie, et redescendre, la paix au cœur, trébucher et se relever, renoncer mais continuer, s'écorcher, se blesser, se tromper de route, se perdre, s'égarer complètement, ne pas perdre courage, éviter de s'épuiser, se reposer, dormir, s'alimenter, nouer des liens, participer, s'étonner, s'ouvrir et rentrer à l'intérieur de soi, puis recommencer, comme une naissance et une mort sans cesse renouvellées.
Ecrire? la belle affaire quand sa seule ambition est d'écrire, non pas un chef-d'oeuvre mais une histoire qui se tienne, qui plaise, qui étonne, un seul texte finalement, un texte dont on puisse être un peu fière.
S'agit-il d'être reconnu ou de se reconnaître à soi-même?
Mes mots sont simples, peut-être trop simples pour faire de la littérature, je n'en suis pas sûre. Il m'a fallu des mots très simples pour ce que j'appelle mon roman, des mots de petite fille, et on n'est jamais sûr de retrouver les mots qu'ils faut, ceux qui conviennent pour que l'histoire soit plausible, pour que les lecteurs aient envie de faire un bout de chemin avec la petite fille. J'ai écrit quelques centaines de pages et je me suis dit "c'est ça" mais il n'y avait que moi pour le dire et je ne suis jamais croyante très longtemps, surtout en moi. Alors, on met dans un coin et on sent bien que ça brûle en même temps et que ça brûlera toujours. Et la colère, on la retourne contre soi, puis contre les autres sans s'en rendre compte immédiatement. Vous m'empêchez d'écrire, pense-t'on mais qui nous en empêche sinon nous-même? Tous ces prétextes pour ne plus écrire parce que nous n'y croyons plus, parce que JE n'y crois plus. Moi, écrire? Non mais vous rigolez!
Et puis on lit certains livres qui nous redonnent confiance, parce qu'il y a des similitudes même si on est moins doué. Il y a , tels les cailloux du petit Poucet, de petites clés éparpillées qu'il faut ramasser et conserver précieusement, et c'est là qu'on se dit, en retravaillant, je peux arriver à quelquechose. Et on a la conviction que le jeu en vaut la chandelle. On ne sait pas toujours pourquoi mais on sait, on sait qu' il ne peut en être autrement,
Et puis après, faut travailler plus pour gagner moins, merde!
Et on se dit si j'avais su, j'y aurai cru plus tôt!
Et puis, on a tort de chercher à savoir ce que ça vaut avant de terminer
Les critiques, il faudrait s'en foutre pour écrire
C'est la même chose pour tous les actes de la vie sans doute
Qu'importe ce que disent et pensent les autres si moi, je sais, si moi, je veux
Qu'importe ce que les voisins pensent de moi à partir du moment où je ne les empêche pas de vivre.
"Les voisins, je les emmerde"
ça signifie cela et pas autre-chose
Tout un apprentissage qu'il faut parfois accomplir plus ou moins seul.
Il y a des gens qui ont eu la chance de l'apprendre très tôt, qui ont pu s'entraîner, il y a ceux, comme moi, qui
mettent un siècle à y croire un peu. Et ce n'est pas une histoire d'égoïsme, juste une manière d'être en adéquation avec soi-même.
Dans ma famille,qui en valait tant d'autres, on apprenait au moins cela, qu'il n'était jamais trop tard pour
mieux faire, l'influence du catholicisme bien sûr. Il n'est jamis trop tard pour se racheter. je ne veux pas me racheter. je veux seulement écrire sur ce qui me tient à coeur et ce que je connais
le mieux. C'est-à- dire sur pas grand-chose, et sur les gens que j'ai connus, c'est-à-dire de parfaits inconnus,
Tant mieux!
Bon courage à vous.
Et si je réussissais,
Et puis non, rien.
Derniers Commentaires