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Concert Ange

 

... Ce n'était pas la première fois qu'ils faisaient l'amour. Ils ne se connaissaient pas non plus depuis bien longtemps. Ils savaient ce qui les avait attiré l'un vers l'autre.  Pas tant la solitude. Ils s'étaient reconnus  en peu de  temps, en peu de mots. C'était l'absence de mots, aucun mystère. Pas tant le désir du corps de l'autre, ni l'envie de s'y épanouir. Le rendre heureux oui mais il s'agissait d'un vertige, comme d'un évanouissement. Pas l'envie de mourir, pas leur éventuel désespoir dissimulé, juste pour dire : je t'ai  reconnu dans ta souffrance, dans tes plaisirs, dans ce que tu as vécu  et dans tout ce que tu ne sais dire et nous sommes en tant de points identiques que  nous fondre l'un dans l'autre reste une nécessité même involontaire. Que la reconnaissance de l'esprit passait forcément par une tentative de fusion même impossible, jamais possible, partielle, éclatée.  Ils savaient chacun sans se le dire qu' ils auraient souhaité une fusion totale, qu'ils en avaient toujours rêvé tout en la sachant utopique, risquée, inexistante, imaginaire. Ils savaient sans se le dire  qu'il était impossible  d'imaginer, d'envisager, un tel accord, une telle tentative  avec n'importe quel partenaire.

Ils firent l'amour mais surtout devinrent des bêtes, des bêtes assoiffés, affamés, douces pourtant, jamais violentes, insatiables, avides. Ils auraient toujours cette faim là en se voyant. Elle devra se transformer peu à peu en relation distante et respectueuse. Ils connaissaient d'avance l'échec d'une fusion totale des corps et des esprits.  Et pourtant, il se passa des choses, virent des roses, des pivoines énormes et rouges, des chambardements de  feuillages et de couleurs, des paysages comme sculptés pour eux, vus à la loupe, à la jumelle, à la lorgnette, au stéthoscope mais à la lunette astronomique. Ils rapetissaient, parcourant des vallées fertiles, ou gravirent des monts odorants.  Ils devenaient des géants.  Ils n'étaient plus franchement humains et sans doute l'étaient-ils alors comme ils ne l'avaient jamais été auparavant.  Ils occupaient tout le cosmos. Ils virent aussi dévaler des cascades, des torrents, comme des flots de rires et des flots de larmes... 

...Ils se métamorphosèrent en des  animaux suants, puants, qui gémissaient,  suppliaient, criaient, en des créatures  qui se distendaient, roulaient, chutaient, faisaient corps à corps mais sans combattre.  Fusionnels, ils le furent pourtant, dans une écoute de tous leurs sens, de tous leurs désirs, de tous leurs soupirs et une offre complète de  leurs peaux à l'autre, de leurs veines et de leur cœur.

... Ils étaient fous, fous de leur puissance et de leurs impuissances à la fois, fous d'amour, fous de joies, fous de tristesse car on ne résiste pas longtemps à des relations aussi passionnelles quand les vies différent. C'était folie pure. Ce n'était pas contre nature, mais dans la leur. Ils auraient aimé se fondre l'un dans l'autre, c'est vrai, comme s'ils n'avaient formé plus qu'un. C'est en l'espérant et en l'imaginant qu'ils firent l'amour comme jamais auparavant. Ils avaient senti dès le départ que c'est parce qu'ils s'aimaient beaucoup et se faisaient confiance au préalable, sans vraiment savoir pourquoi, sans n'avoir rien prévu, rien décidé,  ni manipuler personne et que le désir sexuel seul, n'aurait jamais suffi à leur permettre ces moments-là ni à les combler...

... Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre malgré bien des affinités et tout l'amour qu'ils éprouvaient . C' étaient leurs modes de vie qui ne pourraient jamais coller, leurs projets individuels, leurs désirs profonds. Cette connaissance-là les a fait souffrir et se rapprocher d'autant plus...

... Ils surent instinctivement que toute relation future, s'il n'était basée que sur le sexe, leur paraitrait banale, insipide, vite lassante,  quelque seraient les efforts du partenaire pour les combler.  IL y  manquerait toujours non pas forcément le désir mais l'amour qui décuple le plaisir et l'explosion du corps et de l'esprit.  Ils surent qu'ils seraient enviés, jalousés, harcelés par d' autres qui ne pourraient jamais les remplacer, qu'il en faudrait un et une autre identique à eux-mêmes, capables d'aimer  l'autre plus que lui-même, que ça n'était pas si courant, que ça faisait peur, qu'il y aurait ceux qui  tenteraient de faire semblant mais qu'ils seraient vite confondus tant le corps sait vite  qui le saisit, qui donne, qui offre, qui sait recevoir, le corps mais l'esprit aussi, jusqu'à l'intuition.  Ils surent qu'il serait difficile d'en aimer un ou une autre de la même façon, qu'il faudrait que leurs modes de vie correspondent en plus de l'amour ou qu'ils seraient voués à la solitude, que cette solitude leur serait encore plus difficile qu'avant. Ils retirèrent de cet amour- là, non calculé, autant de forces que de chagrins. Ils comprirent aussi  que leur amour étaient né de leurs douleurs respectives et que ces amours-là, bien que profonds, ne pourraient survivre dans la durée, qu'ils auraient peut-être la chance d'en connaître de plus joyeux et de plus apaisés, car ils connurent autant le bonheur que la déchirure. Ils ne se disputèrent jamais pourtant. Trop aimer fut aussi la source de leur douleur. Leur amour fut aussi joyeux que malheureux. De ces amours beaux et terribles à la fois, et inoubliables...

...Il leur en restera une tendresse parfois incomprise des autres, une complicité d'esprit résistant au temps.  Quelque chose d'enfouie qui ne meurt jamais malgré la séparation, comme une petite parcelle de joie mêlée à une autre de souffrance. Avec le temps, c'est la joie qui domine. J'ai aimé, je fus aimé(e), exactement tel(le) que je fus. IL ne fut jamais question de changer l' autre, de le juger, juste d'aimer. Cela reste précieux dans une existence éphémère, que la vie commune soit possible ou pas. J'ai aimé, je fus aimé(e) et le suis encore même si l'amour a pris un autre visage. Que l'autre soit heureux même sans moi, qu'il soit aimé encore....

 

Tag(s) : #Amour - érotisme
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