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- Librellule, je n'aime pas vos godillots.

- Ce n'est pas grave, Madame, c'est moi qui les porte.

- Vos chaussettes sont percées. Vous faites du combien?

- Du 39, Madame.

- Je vous en donnerai du 43. Vous êtes encore svelte ! Si j'étais belle ! avant. Maintenant, je veux mourir. 

- Vous n'avez pas grand-chose hormis un peu de diabète pourtant.

- Ah ! la vieillesse, c'est terrible. J'aimais tant m'habiller, sortir, faire les magasins.  Vous aimez faire les magasins vous ?

- Pas tellement Madame, je préfère aller au théâtre.

- C'est ennuyant ça, le théâtre.  Dépêchez-vous ! Vous avez du travail !

- Je m'y mets de suite, Madame.

-  Venez vite ! Venez voir marine si elle est belle ! 

Quand à ces migrant, tuez-les tous ! 

- Je n'ai pas le temps. J'ai beaucoup de travail Madame, et particulièrement chez vous.

- Vous êtes d'où ? Vous avez un drôle d'accent.

- De Côte d'Or, Madame.

- Ah ! C'est beau la Bretagne.

- Oui. Mon grand-père était un flibustier breton.  Il aimait pêcher des sardines et des harengs saurs.

- Un fli, comment dîtes-vous ? un corsaire ? un armateur ?

- C'est ça, un grand amateur de sirènes.

- Vous me faites rire.  Il faudra ramasser les feuilles mortes dans le jardin.

- ça ne fait pas partie de mes attributions,  et pourquoi les déranger si elles sont mortes ? Les pauvres feuilles. J'irai cependant pour m' aérer.  J'ai besoin d'air.

- Librellule ! vous avez fait la cuisine ?

- Pas encore, Madame. Je viens à peine d'arriver et il reste des feuilles.

-Librellule ! vous avez fait la chambre ?

- Pas encore, Madame, je viens à peine de commencer la cuisine.

- Librellule !  Vous avez fait la salle de bain ?

- Pas encore, Madame, je viens à peine de commencer la chambre. 

(Etc)

 - Librellule ! je tiens à vous et refuse les étrangères.

- Si je puis me permettre, nous sommes toutes des étrangères pour les étrangers des autres pays, Madame.

- Vous me faites rire, Librellule.

- Ce n'est pas réciproque, Madame.

- Que voulez-vous dire ?

- Rien de plus,  Madame.

 - Librellule, je vous aime bien mais ne vous comprends pas toujours. Vous allez sortir ce tapis.

- C'est impossible, Madame. je vous ai déjà dit qu'il était bien trop lourd.

- Alors, j'appelle vos chefs.

- Encore ? faites Madame.

- Sortez ce tapis où je vous renvoie.

- Renvoyez-moi, Madame.

- Vous êtes têtue, autant que ma fille, cette connasse.  Refaites donc la cuisine, elle est mal faite !

- Elle est pourtant impeccable, Madame, mais si vous y tenez. 

- Je ne veux que vous, Librellule, parce que vous travaillez bien et que vous êtes blanche.

- Je sais Madame.  Si vous me harcelez toutes les 5 minutes, je ne suis pourtant pas sûre de rester bien longtemps. Quand à mes collègues étrangères, heureusement qu'elles sont là pour travailler chez bien des vieux et s'en occuper.

- Elles me dégoûtent Librellule. Il faudra voter marine.

- Non merci Madame, et je ne suis pas là pour parler politique.   Je ne cesse de vous le répéter.

- J'appelle vos chefs et leur dit que vous ne voulez pas m'obéir.

- Faites, Madame.  J'en prends l'habitude. Chez vous et chez toutes celles qui vous ressemblent.

- Que voulez-vous dire Librellule ?

- Rien de plus, Madame, ou que je n'obéis qu'aux ordres sages et mesurés.

- J'aime bien parler avec vous mais je ne comprends pas ce que vous dites. Allez-donc nettoyer le garage.

- Oui Madame. Vous me comprenez mal car je parle parfois un patois breton.

- Ah ! je comprends mieux. Vous êtes de la campagne vous, ça se voit !

- Oui Madame et c'est pour cela que j'aime les godillots.

- C'est l 'éducation qui manque dans les campagnes Librellule et le bon parler français.  Si j'aimais les chaussures moi ! Si j'en ai achetées ! Vous ne connaissez pas les marques vous.

- Non, ce n'est pas dans mes priorités.

-Vous voyez. C'est bien l'éducation qui manque.  Ah ! quel malheur avec toute cette racaille. Et si je pouvais mourir !  Faites donc la chambre du haut ! Mon connard de fils va arriver...

°

- Entrez donc. J'espère que vous savez travailler. Voici le chien : "ROI "! ne faites pas un geste où il vous sautera dessus.  Il n'obéit qu'à moi. Quand aux chats qui dorment sur les tables, ne les touchez-pas. Ils vous grifferaient. Quand vous ferez les carreaux, veillez à ce qu'ils ne s'échappent pas.

Quand j'ai fait les carreaux intérieurs, de nombreux carreaux,  elle sortait ROI, qui sautait après en gueulant, en bavant et en me montrant les dents. Quand je travaillais, elle passait régulièrement avec le chien en disant :

-Ne faites pas un geste où il vous saute dessus !

Comme on m' obligeait à y travailler - y trimer serait plus juste - j' ai fini par lui dire :

- S' il me saute dessus, je l' étrangle.

ça ne lui a pas fait plaisir. J'ai du y trimer 6 mois.  Un jour, m'étouffant à côté de ma voiture, un brave monsieur m'a secourue en appelant les pompiers.  Ils m'ont amenée à l'Hôpital. j'avais 19 de tension, moi qui ai toujours eu une tension stable. J'ai mis une heure et demi pour récupérer ma voiture  à pied et on m'a fait retravailler le soir. A cette période, je passais de 9 à 19 de tension en un rien de temps.

Avant de m'enfuir chez la sadique au chien, j'ai mis ma vie en danger malgré moi. Je ne savais plus ce que je faisais.   Sur la pointe des pieds tout en haut d'un escabeau, à l' extérieur, avec  elle et le chien en bas de l 'escabeau.  Elle  voulait que je nettoie les vitres du deuxième étage. Elle voulait que je tombe. C'est là que je me suis sauvée. Je lui ai dit exactement ceci :

- ça suffit ! vous ne me faites pas peur. Vous êtes folle.  Je descends. Si votre chien me saute dessus, je l'étrangle et vous avec.

Elle a rentré le chien et je suis partie.

J'ai du travailler chez une dame qui m'insultait tous les jours.  ça a duré 5 ans.

°

Une femme a écrit au Conseil Général et à mes chefs de l'époque que j'étais hyper dangereuse quand c'est elle qui l'était, uniquement car je refusais d'écouter son discours politique et raciste.   Oui, je défendais mes collègues, toutes. 

Etc

J'ai travaillé chez des gens qui m'insultaient, m'humiliaient, me harcelaient, comme bien d'autres aides à domiciles, uniquement car je n'étais  qu'aide à domicile, autrement dire RIEN à leurs yeux.  Une bonniche, une pauvre femme, une moins que rien, une ratée, une connasse, une racaille, une esclave. Ils étaient français. Je suis française. Quand ils me sentait un peu instruite, ils l'étaient rarement, ils étaient pires.

Je ne suis pas fière de ces français là, et surtout de ces françaises, car c'étaient des femmes qui nous faisaient trimer au lieu de travailler et exerçaient sur nous, les aides à domiciles, du chantage économique, ni des "petites chefs" qui quand on leur signalait les harcèlements subis, nous renvoyaient chez ces gens-là.

Au début, on tient pour les gens sympathiques qui existent aussi, heureusement, et parce que c'est le seul travail que nous avons. Après, moi, je n'avais plus qu'une envie, m'évader, quelque en fut le prix, fut-il la misère.  Mon corps a lâché avant.

J avais perdu 7 kilos. Mon cou ne portait plus ma tête.  Je ne travaillais que d'un bras quand c'était possible. Je ne conduisais que d'un bras aussi.

Ces femmes cruelles étaient souvent aisées et catholiques, souvent peu instruites, j'insiste.  Leur seul pouvoir finalement étaient de nous soumettre et de nous humilier.  Je n'avais pas honte de moi. J'avais honte d'elles.

Ne parlons pas des salaires de misère ni des conditions de travail... J' ai essayé d'oublier. On n'oublie jamais en fait, les humiliations, les harcèlements et les salaires de misère. On vit avec.

Je ne me plains plus, je l'écris, j'en témoigne et n'effacerai pas, quelque en serait le prix, et je reste pour la hausse des salaires de misère.

Je pourrais en écrire tout un livre de tout ce que subissent les aides à domiciles alors qu' elles restent essentielles et qu'elles sont là pour AIDER et SOULAGER. 

ça ne m'intéresse pas. Tourner les pages... Mais ne jamais oublier.

 

Tag(s) : #Le rirarien, #Mes textes dégagés, #Mon défoulirium
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