écomusée de Montrol-Sénard
Si je fus la grue qui vous arrangeait
me suis aussi joué de vous
en vous abandonnant sans scrupules ni remords
même au prix de ma pauvreté
Je suis une grue d'octobre
tardive
blessée
et grugrute encore
J'ai volé haut dans les cieux
gratté les nuages de coups d'aile vigoureux
l'une pendante et rouge
Il en perlait du sang
mais j'ai récuré le vernis de vos orgueils
percé vos faiblesses dissimulées
de grands coups de becs invisibles
J'ai posé mes grandes pattes dans vos plats trop riches
y ai parfois lâché une petite fiente inodore
et bien présente
J'ai cuisiné pour vous et votre personnel
des crêpes, des tartes, des gâteaux, des confitures
me servant au passage
quand ça m'était interdit
par faim
par gourmandise
et par révolte
Je terminais les assiettes du pauvre
quand il était comblé
jamais celles du riche
façon de partager son repas
de ne pas gaspiller
L' assiette du riche égoïste ne me tentait pas
sa vie non plus
encore moins son comportement
ni ses idées
Il en avait peu
toutes si commerciales
Son monde était limité
Il ne finissait pas mieux que les autres
souvent moins bien
très isolé
peu entouré
pas du tout
seul
geignard
agressif
°
malheureux
°
Il s' agissait plus souvent d'une vieille femme
ou d'une femme de mon âge habitant chez sa vieille mère
Leurs enfants s'en souciaient peu
aussi égoïstes
ou ayant fui la dictature parentale et le chantage affectif
J'ai revu toute ma famille proche récemment
Les autres invités ont souvent faire part de leur étonnement
Une famille unie, joyeuse complice, solidaire
toujours ravie de se retrouver
Ils ne connaissaient pas
Enfant, je pensais que c'était la norme
C'est une grande force pour un humain
l' esprit de famille
et celui de l'amitié
On y retrouve la fidélité et la confiance
Et oui, dans mon ancien métier, c'était chez les pauvres que je retrouvais cela le plus souvent,
ou chez tous ceux qui ne jugeaient pas sur une origine, une apparence, un statut social, une fortune ou un métier.