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Voici les textes d'une amie de 43 ans
Elle a subi plusieurs agressions sexuelles violentes avec humiliations par des hommes en bande, une tentative de viol dans la rue avec coups et blessures...
Elle est homosexuelle
Elle n'a jamais pu travailler normalement
Je la laisse parler

 

Sur ses agressions
j'avais 16 ans. Une tournante. Ils étaient entre 10 et 15 ? J'ai échappé
de peu au viol collectif, mais pas à la salissure et l’humiliation. J'ai vu
à l'oeuvre cette socialisation masculine. Avec tous les autres, le meneur de la bande m'a entraîné dans un piège. Un sous-sol de parking. Ils me connaissaient tous, nous étions du même quartier. J'étais en confiance et je ne me rendais pas compte du tout que j'étais la seule fille du groupe. Ils me l'ont bien fait comprendre. Et ce fut l'horreur. Pire qu'un meurtre finalement.

 

Le meneur s’est brutalement retourné contre moi, ma distillé sournoisement puis violement sa haine, sa misogynie. Tous les autres observaient en cercle autour de lui et de moi. Il les éduquaient, leur montrait comme dominer une fille, la salir, pour montrer sa virilité aux autres, son pouvoir de dominant. Je dois mon salut à un seul d'entre eux qui a fini par dire : "mais qu'est-ce qu'on est en train de faire à ...? Cette  Raclure de meneur qui m'avait ordonné dans la terreur de me déshabiller, m'a ensuite dit, une fois seul face à moi, et alors que le groupe se dispersait et que j‘étais en état de choc total : "si t'as rien dis, c'est que t'aimais ça".


Le second choc... ce fut à 21 ans. Dans la rue, dans la nuit sous la pluie.
Un individu a surgi derrière moi, m'a mis la main sur la bouche. Puis m’a agrippé par les cheveux pour m’entraîner loin de la route. Sous ma résistance, il m'a frappée à coup de genoux à la tête. Il voulait
m'assommer pour me violer. J’ai cru que j’allais mourir sous ses coups qui n’en finissaient pas. J’ai croisé son regard une fois, ce fut un coup supplémentaire qui m’a déshumanisé instantanément. Finalement il est parti. Je pissais le sang.

Une semaine plus tard, chez moi un voisin que je ne connaissais pas, avait commencé à dévisser les vis de ma serrure. Il n'en restait qu'une.
Depuis un certain nombre de jour, des magazines porno étaient glissés sous ma porte, avec des inscriptions sur ce que l'on souhaitait me faire comme sévices. Pareil à ma voisine de palier. Il ne lui restait également qu'une vis pour tenir la serrure de sa porte. Je suis parti de chez moi en laissant tout. J’avais nulle part ou aller. Et je venais d’être mise en danger dans la rue.

Voilà pour les chocs principaux. Je ne parlerais pas des multiples injures et autres rabaissements banalisés que toute femme subie quotidiennement dans sa vie. Les transports en communs, la rue, le foyer, lieu de tous les dangers.


Pour le type dans la rue, j'ai porté plainte, les flics ont été pitoyablement laconiques et débonnaires. J'ai été à l'hôpital, une fille
est arrivée sur un brancard... elle venait d'y passer. J'ai été à la PJ, éplucher un fichier de délinquants sexuels. On m'a laissé seule face au "catalogue". J'ai refermé cette épouvantable liste de tronches de salopards avant la fin. Je suis sortie de la pièce et les flics m'ont demandés si j'avais reconnu mon agresseur, j'ai dit non. "Au revoir mademoiselle". Et puis plus rien. Pas d'info sur les victimes de viol, pas de soutien social, rien. Je me suis enterrée, comme tu le dis si bien. 


Puis un jour dans le bottin j'ai vue une psy spécialisée dans les traumatismes du viol. Je l'appelle, elle me confirme que j'ai raison d'avoir peur, qu'il faut faire attention. J'ai jamais pu aller la voir, j'étais
terrorisée parce qu'elle venait de me confirmer : j'aurais sans doute peur toute ma vie...

C'est fou comme ça nous terrifie alors qu'il faudrait nous en délivrer.


Sur sa vie et les séquelles
Maintenant je suis heureuse avec ma compagne, j'ai enfin une histoire d'amour. Ce fut là aussi, a cause de la misogynie, un parcourt du combattant pour vivre ma sexualité depuis toujours. Ma sexualité n’a pas été orienté à cause de ces violences. J'étais déjà homo je le savais, mais je n’avais pas les outils pour rencontrer et vivre ma sexualité. C'est l'effet de cette société phallocrate qui refuse aux lesbiennes leur doits d’exister en les privant de leur histoire et de lieux de rencontres. Même si les choses avance un peu, nous sommes obligées de faire attention à nos gestes en publique. Tous les jours nous pouvons risquer d'être agressées. A Montpellier il y a quelques jours, un couple de lesbiennes à été tabassé à coup de barre de fer par un homme et une femme. L’homme a interpellé les deux jeunes femmes en leur demandant « qui faisait l’homme », tout en ajoutant qu’il allait leur montrer ce « qu’était un homme ». Des badauds qui passaient par là se sont joint au lynchage des deux femmes. Pas de mots pour exprimer le dégoût que j’ai pour cette société française. Je dois rester vigilante. Ce qui n'arrange pas mon cas.


J'ai voulu moi aussi travailler avec des vieux, au moins avec eux pas de risque de menaces :) C'était la seule possibilité de travail envisageable. Mais de toute façon j'avais à peine la force de sortir, alors...le RMI.

C'est en te lisant que j'ai reconnu mes propres séquelles. Je ne savais
pas les voir... pas toutes. Je ne voyais que ma colère constante. Mon
handicap social, je le savais aussi, mais j'avais oublié que d'aller
travailler était devenu impossible. Surtout qu'au premier taf, un collègue me
suggérait de m'emmener dans la "réserve", qu'il me mettrait la main sur la
bouche, que j'aurais pas mal... Etc. Je n'ai jamais pu retravailler.

En tout cas tes mots m'ont ouvert un potentiel. Je vois que l'on peut écrire en parlant de soi, sans que cela semble nous détruire.
En fait ça fait extrêmement peur de confier aux autres ses émotions, son ressenti. On risque la mise à l'écart, d'autres salissures, dont je ne supporte plus aucune miettes. Maintenant je vois tellement bien les mécanismes sexistes et misogynes qu'il y a des hommes et des femmes qui s'en prennent plein la tronche avec moi, en très peu de temps je tranche dans le vif, ça part
comme une lame en 4 mots. Je n'ai plus de capacité pour encaisser le
moindre mécanisme misogyne. Que ça vienne d'une femme ou d'un homme,
j'abats dans la seconde. Ce qui me fait passer pour je ne sais quoi, et je vois bien qu’il y a un gouffre entre leur insouciance et la réalité que j’ai traversé. Leur inconsistance augmente ma révolte, je ne pardonne pas. C’est impossible.

Rebondir....je sais pas.

Je suis encore un train de sortir de ma grotte. Même si je donne l'impression d'avoir fait des choses, c'est avec les poings serrés et le couteau entre les dents, que j'ai eu le courage d'affronter ma peur. Internet à été un relais pour ne pas être isolée complètement. Je me suis retrouvée à faire une présidentielle, mais le comportement odieux et sournois des hommes envers les femmes dans cette campagne m'a mise dans une rage définitive.


Sur son engagement
En tout cas on m'a obligé à être "féministe" en terrain politique. Au début je n'étais pas ce que l'on appelle "féministe". Ce terme était tellement tabou pour les femmes et une insulte tellement facilement utilisée par mes collègues de gauche. Leur comportements hypocrites envers les femmes m'a poussée devenir féministe. Je me suis dis qu'il
y avait un lièvre à soulever, tellement ce mot était une insulte pour une femme. Et effectivement ce fut une véritable bataille pour ne pas être méprisée en tant que "féministe" (fraîchement devenue). J'ai appris par la suite qu'un des hommes de cette campagne présidentielle tabassait son amie, et même pendant que je dénonçais ces violences.


Le ou les féminisme(s) sont nos outils pour comprendre la domination masculine et ses mécanismes violents. Pour nous permettre de ne pas être entraînées dans le droit chemin de la soumission. Chemin que les Masculinistes ont méthodiquement remis en oeuvre ces 15/20 dernières années. C'est ce retour en arrière que tu perçois.


Mais ces 3 dernières années j'ai constaté que quelque chose se réveille dans la conscience des femmes. Rien n'est gagné, mais nous n'avons pas d'autres outils que de lire ce que d'autres femmes ont analysé avant nous. Peut importe que cela s'appelle "féminisme" ou non.



Ma colère est indépassable tant qu'il n'y a pas de "reconnaissance" de la société d'une façon ou d'une autre des traumatismes violents qu'elle
engendre elle-même. En fait c'est de la justice que je demande. Et cette justice est défaillante pour les femmes. A tous les niveaux. Ce sont les hommes qui ont le pouvoir. Et en tant que tel, ils savent qu'ils auront des oreilles complaisantes auprès des juges et des flics qui "ne se déplacent que si c'est un homme qui hurle" (parole de policier).

Tag(s) : #Viols
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