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J’ai écrit comme je respirais et tout me paraissait léger et facile.  J’ai écrit comme les mots me venaient, joyeuse et stupide.  J’avais trouvé mon Eden et des chemins de traverse agiles. Je croyais. Sourire aux lèvres, jambes alertes et corps encore souple.  S’ouvrir aux mots, souvent muette et une joie indicible.

Et puis c’est arrivé peu à peu et presque d’un seul coup, ce corps qui ne répondait plus. Malhabile, faible et bancale, je ne me reconnaissais plus. Je marchais de travers, j’avais des vertiges et des douleurs qui me faisaient pleurer. Mes épaules, mes bras, mon cou et mon dos brûlaient, gelaient ou me paralysaient. Ma tête ballottait dans tous les sens et mon cerveau aussi.  Une épaule et mon cou ne tenaient plus. Il me fallait les porter.

Et puis c’est arrivé peu à peu et presque d’un seul coup, le blâme, la disgrâce, les humiliations, les pressions et la rupture.

Et puis, c’est arrivé, peu à peu et presque d’un seul coup, une colère face à la fonte de mes muscles, l’analyse de mon esclavage et de celui de mes collègues. Comment nous étions poussés à trimer pour rester pauvres.

J’ai écrit avec ce corps inconnu, d’une écriture malhabile, faible et bancale, quand j’écrivais.  Mon écriture criait, gémissait, radotait, elle était malheureuse et perdue et c’est moi qui l’était.

J’ai mis deux ans à me rassembler, avec de l’aide bien sûr.  Deux ans à me reconnaître. Je ne vous pardonnerai pas ce que vous m’avez fait subir. Je ne pardonne pas l’esclavage des femmes. Il m’arrive d’en hurler. C’est à l’intérieur que je crie.

J’ai maintenant des douleurs et des gènes chroniques et quotidiennes, mieux maitrisées. Et je ne force plus. J’écoute mon corps meurtri. Il reste ces jours ou je ne peux faire aucun effort physique. Je me cale toujours la nuit.

J’ai maintenant l’écriture plus sereine et m’y suis remise.

Il ne fallait pas y aller, ai-je entendu. Nous avons nous aussi des factures à payer.

Je connais bien des femmes seules avec des enfants à charge qui n’ont pas le choix non plus. Leurs salaires sont misérables et leurs corps distendus.

Est-ce ainsi que vous traitez les femmes et bien des hommes aussi ?

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