Petiote
regardais devant
avais les yeux grands ouverts
plongeais les miens
droit dans ceux de mon père
Il a échangé notre ours contre une majorette
pour l'offrir à une petite fille
On a massacré la poupée
Quand il était ivre
il était l'enfant
Quand il conduisait
je crois bien que nous avions parfois peur
de mourir
C'était un clown triste
lui aussi
de ceux qui ont connu la guerre
J'étais fière sur son char de ramoneur
le sourire me mangeait les joues
ramoneur mais artiste
me souviens de tous les chars
du circuit
et des visages
plus tard de la honte
à le sortir des bistrots
de celle de ma mère
de nos tristesses d'enfant
Nous avions tant de compensations
qu'on croyait oublier
jusqu'à la fois suivante
Le jugement d'aïeux
me paraissait plus honteux encore
Ils ne savaient rien
condamnaient tout
Ils me faisaient lire le curé d'ars
je préférais déjà Fantômette
et Arsène Lupin
Robin des bois
ou Mandrin
Frison Roche
ou même Clavel
Victor Hugo
et Barjavel
Ils n'étaient pas bien riches
avaient surtout des principes
qui n'étaient pas les nôtres
Ils se sentaient supérieurs aux ouvriers
sans rien connaître de leurs vies
me disaient que les athées étaient voués
à l'enfer
n'y ai jamais cru
Je voulais des preuves
C'est peut-être pour ça aussi
que j'ai tant lu