J'ai vieilli
d 'un seul coup
et du cou
crises après crises aussi
pas moi
mon corps
mon enveloppe charnelle
et vois le monde autrement
le vois plus clair
assurément
et beaucoup plus sombre
avec toutes ces guerres
qui grondent
J'ai trouvé l'arbre le plus vieux du monde
m'y suis lovée comme un nouveau-né
Prête - moi ton écorce
et la souplesse de ton feuillage
Ne vois-tu pas comme je peine
Il m' a accueillie
comme une mère nourrit son enfant
puis m'a dit
Va ! Tu as la force de résister
J'ai un peu de son cœur en moi
Il faut que je me déploie
dés l'aube
Il faut que je me déploie
dès l'aube
M'étirer comme une jeune pousse
Muscler tout ce qui se paralyse
Il faut... souffrir
Je compte mes morts
Leur ai survécu
pourtant
Je ne compte pas les vivants
sur lesquels compter
Je préfère conter des histoires
à se réveiller
Il reste des guerres dont on ne parle pas
Il reste des diamants que tous s'arrachent
s'arrachant même les membres
Il y a des gens si riches
qu'ils pourraient nourrir un peuple entier
On ne comptera jamais les morts
On les contera comme des dommages collatéraux
Les révoltes grondent pourtant
Les faims
Les misères
Les tueries
Je garde la lumière
celle des gens joyeux
qui jamais n'abandonnent
l'éclat profond de leurs yeux
Les bourreaux sont lâchés
n'ont ni cœur ni pitié
répandent la haine
comme d'autres
la vérité
Dis-moi que tu m'aimes
En fait
le sais déjà