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                                                  LES AMPHIBIENS

« En phase d’amphi- biens »

 

 

Alors que j’étais en compagnie d’enfants de 6 à 12 ans, je leur ai demandé s’ils savaient ce qu’était un amphibien. Je vous livre les réponses:


-Un amphibien, ça vit près de l’eau, mais pas dedans.


-Mais non! T’es bête! Un amphibien, ça a des nageoires comme les poissons et même que ça nage drôlement vite!


-Mais non! Un amphibien, ça vit et ça respire dans l’eau!


-Pas du tout! Un amphibien, c’est comme par exemple les dauphins et les baleines
 

-Moi, je sais! Il y a les amphi- biens comme les grenouilles, et les amphi- pas biens, c’est les crapauds.


-Un amphibien, ça vit dans les mares et ça peut vivre très longtemps en retenant sa respiration, c’est mon Pépé qui me l’a dit. Et ça plonge très profond!


-Est-ce vrai que les crapauds, y donnent des maladies?


-Ouais! Mon frère, une fois, il en attrapé un, et après, il avait du baveux qui lui a piqué la main, et il a eu des boutons partout.


-Les amphibiens, et si c’était les amphétamines ou les libellules?


Bref! A part les plus grands et encore! Personne ne sait véritablement ce qu’est un amphibien et aucun n’a cité les tritons et les salamandres. Le ton a fini par monter, et le concours de dessin de la plus belle grenouille a calmé les esprits, mais une grenouille, ça mord ou ça pique?


Nos amphibiens (grenouilles et crapauds, tritons et salamandres) font partie, au même titre que les reptiles et les chauve-souris, des animaux mal-aimés et peu connus. Hormis les grenouilles qui jouissent d’une meilleure réputation (Ne nous a- t’ on pas appris dès notre plus jeune âge qu’elles étaient en réalité des princesses), les crapauds restent encore mystérieux et repoussants pour beaucoup d’entre nous, alors que les tritons et les salamandres nous sont parfois complètement étrangers. Peut-être parce qu’ils sont difficilement observables.

 

Bernard Le Graf, dans son livre « Reptiles et amphibiens », relève que le mot crapaud vient du vieux français « crape » qui signifie tout bonnement ordure.


La religion chrétienne a diabolisé le crapaud qui, dès le Moyen-âge, a souffert de sa réputation et de son physique ingrat. Les premiers naturalistes eux- même, continuant avec la vision chrétienne, l’ont décrit comme un être vil, répugnant inutile ou malfaisant. Déjà au 16 ème siècle, Rondelet écrivait:

« Il jette une haleine fort venimeuse de sorte que si elle touche seulement ceux qui sont près, elle blesse. Ceux qui en sont blessés deviennent enflés par tout le corps et meurent tôt ». Jusqu’à Lacepède, (disciple de Buffon) qui le discrédita:

«  Tout en lui est vilain jusqu’à son nom qui est devenu le signe d’une basse difformité »

« Il parait vicié de toutes ses parties »

« On est tenté de prendre cet animal pour un produit fortuit de l’humidité et de la pourriture »

 


« Ils donnent des boutons, ils jettent du venin, ils crachent du poison, ils attirent le mauvais œil… », Les enfants répètent ce qu’ils ont entendu dire par les adultes ignorants ou retenu de leurs contes. Nous avons tous péché la grenouille autrement plus gracieuse et plus sympathique à la lampe de poche (la nuit, c’est marrant!), avec l’aide d’un petit morceau de tissu rouge, mis des têtards dans un aquarium pour admirer la métamorphose magique, et gardé l’image de la grenouille- baromètre montant sur sa petite échelle, avons tous émis des cris d’horreur avant de tester les muscles du batracien en cours de biologie et connaissons tous la grenouille qui a voulu se faire aussi grosse que le bœuf.


Fascinée moi aussi par ces animaux étranges et inconnus, je me suis attachée à retrouver les légendes et les croyances liées aux amphibiens. Les contes les mettent en scène sont rares. Ils n’y jouent bien souvent que des rôles secondaires. En revanche, la mémoire populaire fourmille, grouille serait un terme plus adapté, de rites, de sortilèges, de remèdes, de proverbes relatifs essentiellement aux grenouilles et aux crapauds (batraciens). J’ai du faire des choix avec toute la subjectivité que cela comporte.

 

 

SYMBOLISME DES AMPHIBIENS 


Le crapaud

La religion chrétienne en a fait le symbole du mal, du diable et de la sorcellerie. Jean Rostand résume dans « la vie des crapauds » tous les méfaits qui lui sont imputés:

-Il porte malheur et a le mauvais œil.

-Il tète les vaches et fait tourner le vin;

Il mange les oisillons.

-il empoisonne tout ce qu’il touche.

-il périt si on le regarde fixement.

 

La grenouille.

Les relations qu’elle entretient entre la terre et l’eau, le visible et le caché en ont fait le symbole de la fertilité, de la résurrection de l’immortalité ’métamorphose du têtard en grenouille) dans de nombreuses cultures (Égypte, Amazonie, Asie)

En Égypte, les Dieux Amon, Ré et Horus étaient souvent représentés avec des têtes de grenouilles. La grenouille est aussi en relation avec le soleil et le feu. Cette symbolique du feu existe chez les indiens du Honduras et d’Amazonie et existait déjà chez les Aztèques et les Mayas.

 

En Inde, les « yogin » tentent de retrouver l’idéal respiratoire qui est celui des amphibiens.

Pour les chrétiens, la grenouille symbolise la luxure, l’avarice, le péché de la femme et le démon. On retrouve cer symbolisme de la tentation et de le volupté dans le bouddhisme. Qu’elle soit objet de répulsion ou de convoitise, héroïne de fable, animal de compagnie des sorcières, ingrédient de remèdes ou de plats culinaires raffinés, talisman ou baromètre, elle tient une place importante et ambivalente dans l‘imagination populaire.

 

La salamandre.

Au Moyen-Âge, elle était le symbole du feu et du diable et l’emblème des alchimistes. On croyait qu’elle pouvait rentrer dans le feu sans brûler et sans douleur et qu’elle avait la faculté de recracher le feu comme les dragons. On lui attribuait donc le pouvoir d’éteindre les incendies et on l’y jetait

François 1er la prit pour emblème Elle porte une couronne et est accompagné de la devise:

« Nutrisco et extinguo », c’est-à-dire, je l’entretiens et je l’éteins.



LEGENDES OU HISTOIRES DIVERSES LIEES AUX AMPHIBIENS


La légende du feu chez les Tupi Guarani, indiens d’Amazonie:

Le feu appartenait autrefois aux vautours. Un homme le leur vola et comme les oiseaux allaient le lui reprendre, il jeta sa troche à une grenouille qui l’avala. Elle disparut dans les eaux et put restituer le feu aux hommes.


L’amoureux ensorcelé. Légende limousine.

Au 19ème, un homme marié de Corrèze tomba amoureux d’une sorcière et quitta femme et enfants pour vivre avec elle. Sa femme s’arrangea pour pénétrer dans la maison de sa rivale, fouilla toute la demeure, et trouva sous le lit des amants, un crapaud aux yeux fermés et aux paupières cousues. Elle s’en empara et le brûla. L’ensorcellement cessa aussitôt et son époux revint vivre avec les siens.


Le sabbat en limousin:

C’était une assemblée nocturne Pour honorer le diable et qui réunissait tous ses serviteurs, sorciers et sorcières de « tout poil », lébérou (loup-garou limousin), drac (diablotin limousin)… Les sorciers préparaient des philtres et des poisons de tout genre à base d’amphibiens, de reptiles, d’araignées et de plantes. A Babaudus(87), les enfants volés à leurs parents devenaient les bergers des crapauds. Le diable y apparaissait sous la forme d’un bouc. C’est à cette fête que les lébérous prenaient connaissance des paroisses qu’ils devraient parcourir et que les apprentis-sorciers recevaient leurs pouvoirs. Le sabbat se terminait par un énorme festin à base de crapauds, serpents et rapaces de mauvais augure.

 


RITES ET CROYANCES LIES AUX AMPHIBIEN 

Pour se préserver des mauvais sorts jetés au bétail, il était courant d’enfermer un crapaud vivant dans un sac qu’on suspendait à une poutre face à la porte d’entrée de l’étable. (Vu encore à Compreignac, en 1970)

Pour accueillir un étranger, on dissimulait un crapaud placé dans un sabot de bois, la patte gauche percé par une fourche métallique sous le seuil de la maison.

Pour faire périr son voisin, il fallait placer un crapaud sur la terajectoire de sa victime ou l’enfuir vivant, sous la pierre du seuil de son logis.

On pouvait aussi baptiser un crapaud du nom de la personne qu’on désirait ensorceler. Pour contrecarrer ce sort, il fallait porter un crapaud vivant dans une boîte en corne.

On disait du crapaud qu’il vous « pissait du venin à la figure ».

 


PROVERBES- DICTONS- COMPTINES ET EXPRESSIONS.

 

« Aquete ser, las ranes chantan, bon tems demo»

Ce soire, les rainettes chantent, il fera beu demain. (Saint-Sulpice-Les-Bois, canton de Meymac, d’après E. Passien.

Expressions relatives aux travaux agricoles (Par marcel Jude)

« Chaucha lou crapaud: appuyer sur le manche de la fourche sur le sol pour soulever la gerbe trop lourde(Bersac)

« Minjar la galhauda »: faire faillite.

« Quo n’a pas plegut per far néjar’ na grauhla »

Si peu de pluie qu’il n’y a pas de quoi noyer une grenouille.

« Chantar coma’ na rana’ »

Chanter faux(comme une grenouille)

Remèdes. 


Rapporté par Marcelle Delpastre:

-Contre le mal de ventre, il fallait toucher en cercle la partie malade et chanter:

« Redol, redol, mon ventre me dol, granulha verda, grapaud fol »:

Cercle, cercle, mon ventre me fait mal, grenouille verte, crapaud fou.

-Contre le cancer, prendre un crapaud, le fendre en deux et l’appliquer sur la partie malade. (Saint-Bazile, 87)

-Sur le plateau de Millevaches, il n’y a pas de crainte particulière par rapport au crapaud. Par contre, il était coutume de l’incinérer et d’en souffler les cendres dans les yeux soufrant de la taie et de pendre un crapaud dans la bergerie pour qu’il absorbe le verme.

-L’animal placé sous le lit avait le pouvoir de guérir de nombreuses maladies.

-Pour soigner les furoncles et les abcès, on recouvrait la partie malade d’une peau de salamandre(Saint-Bazile et Bonnac,87), et si on avait un mal blanc, il suffisait de faire sucer son doigt à une grenouille.


Cuisine.

Recette pour avoir du lait bien crémeux: trouver un « jaquet », un crapaud et le faire tremper dans le lait en chantant:

« Saute jaquet, autant de creème que de lait! »’Rapporté par R; Drouault, Saint-Sulpice-les- Feuilles, 87)

 

Jeux.

Chaque joueur plaçait 3 grenouilles dans une brouette et devait arriver le premier jusqu’à la ligne darrivée, les rattrapant au fur et à mesure qu’elles s’enfuyaient.(Pratiqué dans les Monts de Blond).

Termes occitans, d’après Yves Lavalade.

La grenouille: la galhauda, rana.

Les grenouilles vont, selon les lieux, chantar, coanar, ranar, s’escroqu

La reinette verte: rana(87-19) et cigala(19).

Lieux du Limousin.

Marcel Villoutreix n’a relevé que « Chantera ne(19-23-87) dérivé de l’occi rana.

J’espère que vous avez trouvé du plaisir à lire cette modeste compilation de mes recherches comme j’en ai éprouvé à les effectuer.

 

Naturalistes, scientifiques, enseignants, animateurs, parents, poètes, nous avons encore du travail pour faire connaître et apprécier toutes les bêtes, petites ou grosses qui souffrent encore des préjugés anciens jusqu’à parfois entraîner leur éradication, le loup en étant l’exemple le plus frappant. Respecter l’animal, c’est aussi respecter la vie et sa diversité…

  

 

LEXIQUE:

Amon
: Dieu égyptien, maître de l’air et de la fécondité. Assimilé plus tard à Rê(Culte d’Amon-Rê: roi des Dieux).

Babaudus: commune de Rochechouart, 87.

Drac: être légendaire limousin, mi -homme et mi- singe, génie des eaux et des marais et incarnation du diable. Facétieux. S’amuse la nuit par exemple à emmêler les queues des vaches dans les étables.

Horus: Dieu solaire égyptien, symbolisé par un faucon ou un soleil aîlé. Fils d’Isis et d’Osiris dans la mythologie.

Isis: déesse égyptienne. Sœur et femme d’osiris, mère d’Horus. Modèle du dévouement maternel et de l’amour conjugal.

Lacépède: disciple de Buffon et spécialiste des poissons et des reptiles. (18/19ème).

Osiris: Dieu sauveur et symbole de la résurrection.

: Dieu solaire de l’ancienne Egypte.

Rondelet: naturaliste français du 16ème, auteur de « l’histoire entière des poissons »

Taie: maladie des yeux, tâche ou cicatrice sur la cornée.

Yogin: qui pratique le yoga et ont pour idéal respiratoire la respiration des amphibiens.

Verme: parasite du mouton.

 

 

BIBLIOGRAPHIE:


-A la rencontre des amphibiens, 1996- Dossier technique de « La gazette des terriers », Ed. CPN Vouziers.

-Amphibiens et reptiles, écologie et gestion. Med West 2001.

-Ballasina D. 1984- Guide des amphibiens d’Europe dans leur milieu naturel. Ed; Duculot.

-Bulletins de la SELM- N°10, 14, 18, 19, 25 à 28.

-Chevalier J. et Gheerbrant A. 1974- Dictionnaire des symboles. Ed. Seghers.

-Goursaud A. 1978 et 1981- La société rurale et traditionnelle en limousin. Ed. G.P. Maisonneuve et Larose.  
Tomes 3 et 4.

-Guide vert de poche, 1986- Les batraciens et les reptiles. Ed. Solar.

-Laconche G. 1994- légendes et diableries de haute-Vienne. Ed. Verso.

-Lavalade Y. 1997- Bestiaire occitan. E. de la Veytizou.

-Le Garff B. 1980- reptiles et batraciens rennes, ed. Ouest-France, les guides couleurs.

-Louty P. 19906- Limousin ensorcelé. Ed. de la Veytizou.

-Matz G. et Weber D. 1999- Guide des amphibiens et reptiles d’Europe. Guide du naturaliste. ED.       Delachaux et Niestlé.

-Robert M. 1993- La maison et le village en limousin. SELM.

-Rostand J. 1990- La vie des crapauds. Ed. Stock, collection nature, Jacques lacarrière.

-Science et nature. 1999- les animaux sauvages, spécial reptiles et amphibiens. Guide France n°7.

-Villoutreix M. 1995- Introduction à la toponymie. Ed. Bonneton.

  -Wasserman F. 19906 La grenouille dans tous ses états. Histoires naturelles. Ed. Découvertes Gallimard n°92.

 

Article publié dans EPOPS, la revue naturaliste des limousins

 

 

Tag(s) : #Limousin
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