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A votre naissance,
Nous avons été arrachées les unes des autres
ça compte, je crois
ça compte, j'en suis sure
Je ne vous ai pas tenues dans mes bras
Je ne vous ai pas embrassées
Je ne vous ai pas rassurées
Je n'ai pas pu vous parler
J'ai vécu ça comme une déchirure
Je vous ai aperçues, c'est tout
Nous ne nous sommes pas reconnues



Je contemplais mon ventre semblable à une outre vide et sèche
Et il n'y avait rien à la place de ce contenu précieux et double
Double mais bien différent déjà

Rien
Personne

Toutes les nuits, je rêvais que vous étiez mortes
Normal, me disaient les médecins
Je pensais à ce que vous pouviez, vous, ressentir
L'abandon, la perte, la peur, l'angoisse

Quand votre père a ramené vos premières photos et que je vous ai vues
Perfusées et couvertes de fils et de timbres médicinaux, j'ai pleuré

Après, il y eut enfin la sortie, les visites
Vous étiez si petites et paraissiez si fragiles
Il y eut le retour
Et après le congé parental,
Moi seule avec vous deux
Et ces nuits infernales où j'en tenais une en berçant l'autre installée Dans un transat et attendant son tour
"Ne pas dormir"
"Ne pas dormir pour ne pas les faire tomber"
Il y eut cette vie un peu entre parenthèse , cette vie qui se résumait aux levers, bains, câlins, biberons, couches, repas, linge, coucher et ça recommence
Cette vie où l'on dort peu, où l'on n'a pas trop le temps de s'inquiéter, Où il faut faire
J'ai été une mère inquiète pourtant
Pas du style à surveiller si vous respiriez
Trop fatiguée
Mais comment donner assez d'amour quand il n'en reste guère pour Les moments agréables
Il y eut le retour de la culpabilité, les énervements, les fatigues, la Coupure avec les amis, le déménagement, la banlieue grise, la Situation nouvelle de mère au foyer, le huis-clos, et puis deux bébés à donner à garder, ça fait trop, on n'ose pas demander, pas beaucoup D'argent pour  s'offrir le luxe de payer quelqu'un.

Je ne regrette rien, non,  sinon d'avoir été une mère sans doute trop Présente, trop inquiète, trop possessive. Vous ne vouliez pas vous Séparer de moi sans doute parce que je ne pouvais pas me séparer de vous.
Votre père s'est énormément occupé de vous, lui aussi.

Mais il restait cette déchirure

L'une qui cherchait à attirer toute l'attention comme si elle en avait Déjà tant manquée.
L'autre qui ne voulait pas accorder toute sa confiance
Il m'est arrivé de vous en vouloir, oui, malgré tout l'amour que je vous portais.
Et c'est humain, je crois.

Je vous ai trop vite considérées comme des êtres humains à part Entière. Je vous ai parlé trop vite comme à des adultes. Je ne sais pas. Je cherche. Vous n'avez pas manqué d'attention ni d'affection, ni de la part de votre père, ni de la mienne.

Peut-être est-ce maintenant que je manque le plus d'affection.
J'essaie de me rappeler mon adolescence
Je me reconnais dans vos demandes, vos colères, vos révoltes.
Je me reconnais et pourtant, je n'ai pas les secrets pour bien réagir
Non, je ne les ai pas.
J'ai lu tant et tant de livres

Il m'arrive de fuir
Je fuis, oui
Ne plus supporter les conflits, les disputes, les jalousies pourtant inhérentes à toutes les familles.
Ne plus entendre les récriminations, les miennes aussi, ne plus nous Entendre.

Nous ne savons plus nous écouter
Ecouter vraiment

Vous me le dites souvent
Tu n'écoutes pas
D'autres me l'ont dit aussi

Il faut que je ré-apprenne à écouter
Et que j'écrive sans que le temps que j'y passe nous nuise

J'écrirai quand vous ne serez pas là, ou ailleurs, et ce sera mon temps à moi.
Je ne crois pas beaucoup empiéter sur les votres même si j'ai été trop absente.

Moins de temps mais mon temps à moi.
Tag(s) : #Bafouilles
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