Sylvie et Sylvain,
Sylvie, sylphide,
Sylvie, ta vie,
Sylvie, tes cils,
Tes cils,
D'où germaient des gemmes étoilés.
Sylvain, ses vains,
Le si s'éteint,
Sylvain, reviens.
Sylvain, non... rien.
Sylvie, Sylphide,
Tes larmes en sautoir,
Tes drames en fermoir,
Sylvie au sein du soir.
Sylvain sans faim,
Sylvain sans cils,
Sylvain sang Sylvie,
Sylvain sans pain.
Sylvie, Sylphide,
Sylvie gracile,
Sylvain est vide,
Sylvain vacille.
Sylvie, tes mains,
Sylvain s'éteint.
Sylvain s'endort.
Dors! Puis reviens.
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La chose,
Hier, il y a longtemps déjà,
J'avais perdu mon sexe.
Hier, le vide.
Mon cerveau était parti se pendre
Au cran d'un courant d'air.
Je traînais mon corps
Comme d'autres tirent leurs chiens,
Et le frappent.
Hier, il y a longtemps déjà,
Mes mots s'étaient jetés
dans le puits de mes oublis.
Némo s'était noyé
Aux vagues de ses soucis.
Hier, il y a longtemps déjà,
J'ai posé une échelle
Aux pieds de mon ennui,
Et introduit une hirondelle
Au grenier de mes envies.
Hier, il y longtemps déjà,
J'étais devenu le reflet
De mon âme morte.
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Le fil à Mimile,
Quand mon cafard rentre chez moi,
Je prends mon balai, le repousse!
Je prends mes jambes à mes trousses.
Je crie: "Je ne veux pas de toi!"
Il insiste, cet enfoiré!
j'vais l'avoir tout'la soirée.
Il n'aura pas tout mon dîner.
je l'enferme, file au ciné.
Il résiste, j'ai des nausées!
J'mets d'la musique pour y danser.
J'fais des mimiques pour me panser.
J'me prend pour la reine des clowns.
J'vais faire un tour avec mon chien.
J'me déguise en liliputien,
Ou en géant qu'a peur de rien.
J'me prends pour le chef des indiens.
Quand mon cafard a pris mon lit,
J'prends Astérix et puis je lis.
J'vais voir Mimile. S'est suicidé!
o!
Au bout d'son fil. Y'a pas idée!
Il rêvait tant! Mimile. Il marchait sur un fil, le fil de sa vie, il disait. Un fil tout usé, tout rapiécé, tellement fin, plein de noeuds.
"Pourquoi qu'tu marchais sur un fil si vieux et si tordu? Mimile, hein? Pourquoi tu l'as pas fait réparé?"
"C'était mon fil préféré. J'y tenais. Enfin, je croyais... maintenant, c'est trop tard!"
"T'es tout gelé! Mimile. Viens! j'vais t'réchauffer. M'laisse-pas! J'pars avec toi!"
"Pas question! J'y vais tout seul. Toi, quand t'as plus d'fils, tu les inventes, tu les brodes, tu les tisses, t'en fais une toile, un hamac,un fil de funambule, un filandre. Moi, j'savais pas faire."
"Pourquoi tu l'as pas dit? J't'en aurais imaginé un, un fil tout bariolé, tout parfumé, avec plein d'rires accrochés dessus, comme les rubans d'un cerf-volant!"
"J'ai pas osé. J'y ai pas pensé! J'aurai voulu être capable... J'voulais y arriver tout seul!"
"T'y serai arrivé! Mimile, t'y serai arrivé... M'laisse- pas. j'ai si froid! Tu vois quequ'chose au moins?"
"Attends! Faut qu'j'm'habitue! ça s'éclaircit! Ah! si! Y'a comme une lumière, mais loin, très loin! Enfin! Peut-être que je l'imagine. J'aimerais tant qu'il y en ait une"
"Et quoi encore? Mimile!"
"...J'vois des fils, des tas de fils! Oui, c'est ça!"
"Tu crois qu'il faut en choisir un, Mimile?"
"Oui, mais j'ai tout mon temps, enfin, je crois!"
"Prends-un, Mimile! N'importe lequel. T'avais trop attendu déjà! Pis, dès qu'y s'use, t'en changes! T'as compris, Mimile? Tu sauras faire! Tu sauras!"
"J'peux pas revenir en arrière, hein? Rien qu'une fois! AH! si j'avais attendu, un peu... Si j'avais su qu'c'était encore une histoire de fils!"
"Réfléchis pas! Bon sang! Tu vas de fil en fil jusqu'à la lumière. C'est pas difficile!"
"J'sais bien. C'est c'que j'aurais du faire avant! .... J'regrette un peu..."
"Tu regrettes quoi? Mimile"
"...Lucie et sa peau douce... Les copains... Pis mon poisson rouge, mon chien, le tilleul de la cour et l'Gabin! C'était l'gardien d'mon HLM."
"Il l'est toujours, Mimile"
"AH! oui, c'est vrai. C'est moi qui suis mort... Ton sourire, j'vais r'gretter! Pis le jazz, le rock'n'roll, le whisky, la moustache de l'Henriette, le toblerone, la maison de Picassiette... Les constellations, ma rose des sables, le soleil sur les seins de Lucie, le crâne chauve de mon vieux père..."
"Pourquoi qu't'as fait ça, alors! Et notre chagrin? T'y a pensé? Comment qu'on va vivre avec ça, nous!"
"Sur l'coup, j'ai pensé à tout ce que j'avais raté, tout ce que j'avais perdu, tout ce que j'aurai jamais, tout ce que je s'rai jamais..."
"On en est tous là, Mimile,on en est tous là. Décide-toi, Mimile. J'suis sûre qu'les fils, y s'usent si on s'en sert pas! Les casse pas tous! On en aura besoin, nous aussi!"
"J'y vais! J'vous f'rai passer des fils! J'vous f'rai passer tous ceux qu'je peux!
"On les attrapera Mimile. J'te jure qu'on les attrapera! Je t'aime, Mimile ! Je t'aime!"
"Moi aussi, je t'aime. Tu leur diras à eux aussi! Tu leur diras! J'ai pas su avant!"
"J'leur dirai, Mimile, mais ils le savent déjà!... Mimile, t'en va pas!..
Mimile?...Mimile?.........Mimile... Pourquoi y fait si froid?
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La grande traversée,
Donne-moi des fils, Ô Mimile,
Les fils qui me lient à toi.
Je sais. Sont dans ma poche.
Les moins usées, tu m'as laissés.
Merci Mimile.
Tu n'es plus là. Tu n'es qu'une voix.
Une voix de basse.
Je suis pleine de ton absence.
J'ai tué Manu,
En rêve.
Je l'ai tué comme je l'ai aimé.
Manu ne m'aimait pas.
Il y a longtemps déjà.
Peut-être que je n'ai plus rêvé
A partir de ce moment-là.
Je n'utiliserai qu'un fil,
Celui de ta voix,
Celle qui chantait aux coins du soir.
Il est assez solide pour que je marche dessus, enfin, je crois.
je n'ai pas le vertige, tu sais bien.
Je dois traverser mes marécages.
Je prend ma gueule des bois.
Bon. Je traverse...