Il me reviendra
L'arbre aux noeuds des ailleurs
Il me retiendra
Pomme aux yeux des candeurs
Il me mangera
je le goberai
Il m'enlèvera
Je l'éterniserai
Si je vais l'aimer
L'arbre aux noeuds des ailleurs
Je le chasserai pourtant
L'arbre au creux des malheurs
Et nos écorces s'en souviendront
Elles danseront
Au chant de leurs mémoires
Elles s'ouvriront
Aux mots de toute histoire
Elles pleureront
Comme coulent les ruisseaux
De leur source jusqu'à l'amer
En s'éclairant de toutes les rivières
Elles éclateront
Comme saoulent les tempêtes
Jusqu'aux terres rougies
En gémissant de toute leur crinière
Je l'aime déjà
L'arbre aux noeuds des ailleurs
Comme un enfant
Comme un géant
Comme le champ de la lune
Son halo de lumière
Comme une corne de brume
Son écho de langueur
Elle s'éteindra
Comme roulent les cailloux
De la grande Ourse
Jusqu'à des années- lumière
Je l'attends
L'arbre déraciné
Cet arbre errant
A la cime décapitée
Aux branches fendues
Mais dont les noeuds m'ont pénétrée
C'est un arbre creux
Dont le bois épouse mes forces
Un arbre sans âge
De tous ceux qui voyagent
Jusqu'aux fonds des déserts
Avec pour seule eau
Le sang de leurs déboires
C'est un arbre pieu
Dont les hanches me prolongent
Et me portent vers l'infini