Étrangère à ma ville
Huit bambous me suffisent
L'amour de l'un, ton corps
Un rêve fou, encore
Étrangère à mon sang
Huit amis me suffisent
Qui ne s'entendraient pas
Mes filles et mon chat
Étrangère du monde
Quand le ruisseau tarit
C'est là que je souris
Tu ne comprendrais pas
Étrangère à mon bois
A-t'il changé? Ou moi?
Étrange bois- Étrange
Foi- Crois-tu en moi?
Étrangère à mon mal
Je ris. je bois. J'y crois
Au bonheur- Quelquefois-
Je bois de l'eau, tant d'eau!
Tout le ruisseau, l'orage
Tous vos pipeaux, mirages
Pince-moi la peau, toi!
Caresse-moi- Encore
Tous ces violons violés,
Ces sages en prison
Cage pour Marion
Et charter pour Simon
Tous ces talents gâchés!
Ces jeunes sacrifiés
Au sida politique
Ah! Viva l'Amérique!
J'aime tant les indiens!
Qui lâchaient des serpents
Pourtant inoffensifs
Devant vos pas aveugles
J'aime tant les enfants!
Qui crachent des serments
Pourtant si homériques
Devant vos yeux si veules
J'aime tant mes mamies!
Les lave et les bichonne
Leur coupe mes trois roses
Et jette leur tranxène
j'aime tant cette vie
J'ai appris à sourire
A la mort qui s'amène
Et à t'aimer, puissant
Je t'aime, toi, l'amour
Aussi- Toi, si fidèle
Je n'aime rien parfois
Ni personne ni moi
J'en souris, si j'en ris!
Et deviens montre molle
Si j'écris, si j'en ris!
De mes humeurs si folles
Étrangère à ma ville
Un arbre me suffit
Le rêve d'une source
Le moelleux de ta bouche
Étrangère à ta haine
Un Corot me suffit
Pour que je m'y promène
Un carreau, un caillou
Un ruisseau, un remous
Pour y noyer ma peine
Étrangère à mon sort
Mais je pleure mes morts
Et surtout ton enfant
Que tu m'as tant conté
Il t'a donné la force
Ton mari l'a perdue
Il t'a donné l'amour
Ton mari n'en veut plus
Étrangère du monde
Quand le ruisseau tarit
C'est là que je souris.
Tu ne comprendrais pas...