Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

Les ivrognes des bars
Ont dans leurs yeux si rares
Des bateaux de papier froissés
Qui boiront dès le départ

Silhouettes tassées
Petits bonshommes
Aux soucis bien lacés
Emboîtes sur leurs paupières
Aux oublis bien trop sourds
Si peu broyés dans leurs verres

Coqs de verre recollés
Bocks de bière dévorés
Ils quémandent ou caquettent,
Ils débandent ou rackettent
D'une supplique, un sourire

Miroirs du père
Riant de sa misère
Sciant dans ses silences
Puis voguant, bègue
Dans ses déboires
A BOIRE!
Violé par les vagues
De ses dérives

Les ivrognes des bars
M'émeuvent ou me résignent
M'abreuvent d'inutiles
Ou m'asphyxient
D'une enceinte mystérieuse

Les ivrognes des marges
Ont dans leurs gestes trop larges
Une gorgone à l'agonie
Qui dégueule leurs onguents

Non! je ne te sourirai plus
Et ne t'aimerai que par compassion
Ma compassion me compresse
Et souvent m'étrangle
Et je la perce d'un oeil polaire
Pour ne plus croupir

Si! Je t'aime l'ivrogne
Et ne t'aimerai jamais
Je me perdrai, impure
Dans ta chute de faussaire
Et tout au fond de ton verre
Mais ne regarde plus ta trogne

J'en pleurerais l'ivrogne
J'en pleurerais mon adoblessance
Et peut-être combien d'enfances
J'en boirais sûrement
Toutes les larmes de la mer
Et tous ses vains de trop
Et ce vin, buvant tes mots
Ce raz- de- marée
Que vomissent les jeunots

Oui, je t'aime l'ivrogne
Mais ne t'aimerai jamais plus
Quand la source me sidère
Que le torrent me tanne
Quand l'océan m'assoit
Et qu'un seul ruisseau me rive

Je t'ai aimé pourtant,
Toi le père, en souffrant
Et puis l'amant
L'amant, l'amant, l'amant
Mais tu n'y a jamais cru
Et ni moi non plus

Bois l'ivrogne
Et ne me regarde plus
Crève à petits verres
Un petit verre de plus
Dans lequel tu noies ta vie

Je t'aime, oui, l'ivrogne
Qui vide ta bouteille
Comme je brise mes crayons
Je t'aime comme un enfant
Comme un enfant de plus

Tu me reconnais, l'ivrogne
Et sais lire mes yeux perdus
Tu n'y vois plus les étincelles
Celles qui brillent
D'un petit bla de plus,
Plus loin, plus loin de toi
Inaccessible
Et bientôt
Haïssable

Tu me noieras dans ton verre
Et appuieras fort sur ma tête
Mais je sais nager, l'ivrogne,
Même dans une goutte
Ou dans nos larmes
Dans tous nos doutes
Ou nos alarmes
Nos "tout-à-l'égout"
Un lance-flammes

Tu es malade, l'ivrogne
Et moi aussi, qui me rogne
Mais pour grandir
Mais pour grandir
Et pour mourir

En aimant nos trognes

Tag(s) : #Mes textes dégagés
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :