Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Il y a Joseph qui vient d'arriver, costaud, cheveux mi-longs, une coquinerie dans l'oeil, vêtu d'un jean et d'un sweat.
Il raconte l'Algérie à deux vieilles qui s'en fichent un peu mais sont ravies d'avoir de la compagnie.
Il se tourne vers les autres et moi qui est payée pour rendre visite à Clothilde tous les après-midi.

-Puis-je caresser l'espoir de trouver une serveuse?

Une patiente lui désigne une aide-soignante.

-Mademoiselle, s'il-vous-plait, auriez-vous l'amabilité de me servir un bock?

-Monsieur X, vous n'êtes pas dans une  brasserie mais dans un hôpital.

-Ah!... Je suis dans un hôpital.

Il discute 10 minutes avec ses voisines de table, puis:

- Quelqu'un aurait-il la gentillesse de m'apporter un bock?

-Un verre d'eau si vous voulez. Vous êtes à l'hôpital, monsieur X.

- AH! ... je suis à l'hôpital.

Il reprend sa conversation 10 minutes, puis:

-Madame, m'avez-vous réservé une chambre?

-Vous avez déjà une chambre.

-Puis-je caresser l'idée d'avoir un grand verre de bière?

Il y a Marie qui annonce son départ pour le lendemain et passe 4 fois de suite serrer la main aux 25 patients attablés autour des tables du refectoire une heure avant le dîner, avec de grands sourires, un enthousiasme communicatif et de grandes embrassades. Elle nous a fait la même chose hier, avant-hier, il y a 3 jours...

Il y a Grégoire, toujours seul et taciturne, gringalet vêtu d'un gros pantalon vert en velours côtelé et d'un polo gris, cheveux courts et lunettes sur un nez pointu, de petits yeux inquiets ou inquiétants, presque mauvais parfois, qui s'avance vers chacun, lui tend la main puis lui dit:

-J'ai une question à vous poser. Qu'ont les femmes que n'ont pas les hommes?

Quand il parle, une salive brune semble lui coller aux dents.

Il y a Ginette, petite et toute menue, visage fin et bien ridée, yeux bleus et de long cheveux raides et gris, toujours en robe de chambre bleue turquoise, très âgée et sans âge, silencieuse et très sage.

Il y a Paul, tout rond et chauve, assis dans sa grosse chaise à tablette, munie d'un grand bavoir que Clothile prend  vraiment pour un bébé. Il est toujours placé à gauche de la télé, face à ceux qui la regardent ou ne la regardent pas. Il a fouillé dans son pantalon tout-à-l'heure. Je me suis dit, ça le gratte ou il a envie de faire pipi. Puis, je n'y ai plus pensé jusqu'à ce que j'entende le bruit du jet. Il a pissé par terre tout seul et comme un grand, sans se mouiller, devant les autres qui n'ont pas réagi, puis s'est rendormi.  Parfois, il prend une cuillère et tape sur sa tablette. Il parle tout seul, gazouille ou dort.

Il y a les deux inséparables avec qui je discutais souvent, deux femmes aux cheveux courts et aux yeux doux et tristes, mais l'une énerve Clothilde, et elles ont donné des coups de canne sur les doigts de Nadine, une grande femme qui ne parait pas tellement vieille, qui s'approchait de leur table. Depuis que je les ai grondées, et pris Nadine à ma table, elles me lancent des regards noirs.

Nadine a eu de la visite à 4heures. Elle est revenue avec un homme et deux femmes assez jeunes et souriants qui l'ont embrassée et sont repartis. Je lui ai dit:

-Vous êtes contente? vous avez eu de la visite?

-Elle m' a regardé avec son expression inchangée, et m'a répondu:

-Non.

-Vous ne venez pas d'avoir de la visite?

-Non.

Il y a Jules qui sourit toujours et cherche la compagnie des femmes douces et calmes. Il s'asseoit souvent à côté de Ginette, ou de Francine, une mamie fluette en éternelle robe à fleurs qui aime bien bavarder avec lui.   

Il y a tous les valides qui viennent me voir et me disent qu'ils sont en prison et ne comprennent pas pourquoi ils sont là. Ceux qui expliquent que leurs enfants ont vendu leur maison et se sont débarassés d'eux.

Il y a Antoinette qui prend tout à la légère et passe des heures à tenter d'ouvrir les portes, et puis Janine, aux cheveux teints, ondulés et soignés, minuscule, parce que bossue et complètement tordue, qui se dandine cependant et trottine encore allégrement à l'aide de sa canne.

Il y a ceux qui tournent, arpentent les lieux sans parler à personne, se déshabillent, vous regardent sans vous voir, s'approchent de vous, plantent leurs yeux vides dans les votres puis s'en vont plus loin.

Nombreux sont ceux qui viennent serrer des mains. Pour garder des contacts, je suppose.

Il y a des projets d'évasion, des associations, de petits complots, des vols ou des inattentions, des cannes échangées, des vestes perdues, des sortes d'amitié, des rejets.

Il y a Clothilde qui ne va plus du tout depuis qu'elle est là. Ce n'est pas que le personnel ne s'en occupe pas. C'est comme si la folie des uns contaminait un peu les autres, la folie, mais surtout l'angoisse, la peur de l'avenir, les craintes des uns, les effrois qui se communiquent. Avant, ils étaient en appartement, chez leurs enfants ou en maison de retraite. Ils savent que quelquechose a changé, que quelquechose se trame. Ils ont perdu tout repère et leur folie empire.

Il y a Madeleine qui m'apporte l'annuaire et me demande de lui chercher un numéro. Parce qu'elle a eu un décès. Il faut qu'elle prévienne. J'ai accepté le premier jour, me suis posée des questions au 3 ème numéro, et une aide-soignante m'a gentiment avertie.

-Elle fait ça à tout le monde. Vous n'avez pas fini!

Il y a Clothilde qui va être placée, et moi qui vais perdre Clothilde, parce qu'on s'attache, forcément, et qui vait perdre 5 heures de travail par jour.
Je dis toujours la vérité à Clothilde et elle me fait confiance. 

-J'irai vous voir, ou que vous soyez, pas tous les jours, mais je viendrai.

Elle m'a filé la gastro. Epidémie dans le service. J'aurais aimé qu'on me prévienne. Je l'ai refilé à toute la famille et à l'une des aides-à-domicile de mon beau-père. Lui y a échappé heureusement. C'est ce qui a tué mon grand-père, une gastro.
Nous sortions de grippe et de bronchite. Des périodes comme ça ou nous sommes à la merci du moindre virus.

Opération- Bronchite- gastro- Chomâge- Je suis blasée en ce moment.

Les hallucinations de Clothilde ont empiré ici. Elle a drôlement maigri. Ses bas à varices ne tiennent plus. Elle commence à prendre les yeux des autres, des yeux toujours craintifs ou absents, comme vides de toute émotion. Ou alors, elle est agressive. Les aides-soignants ne prennent pas le temps d'ouvrir les placards à habits fermés à clefs pour éviter les vols, et vêtissent les patients le plus souvent avec des chemises d'hôpital ou de vieilles robes démodées. Ils n'ont pas le temps non plus de passer les bas à varices. Les enfants de Clothilde sont mécontents.

*
ça m'avait choqué d'abors, tous ces patients aux jambes nus dont la majorité ne peut plus se déplacer ou qu'avec de l'aide. A 16 heures, quand j'arrivais, certains ne portaient qu'une chemise d'hôpital et une robe de chambre légère. Il ne fait pas très chaud quand on reste immobile. Dès 17 heures, on appelle ceux qui sont vêtus correctement pour les aider à lse mettre en pyjama ou en chemise de nuit dans leurs chambres, pour gagner du temps. Les hommes restent souvent les jambes nues sous leurs robes de chambre. La plupart d'entre eux portent des couches. Réelle incontinence ou gain de temps? Le port des couches favoriserait l'incontinence. Mais peux-t'on blâmer un personnel peut-être en sous-effectif?

Les membres du personnel sont aimables et à l'écoute pourtant. Ils appelllent les malades par leur nom. je n'en ai jamais entendu un s'énerver. L'habitude sans doute. Il faut quand même avoir une certaine force psychologique pour exercer ce genre de métier. 

Il y a une salle qui porte une grande etiquette sur laquelle on peut lire: salle d'activité.
Les activités auraient lieu le matin. Je me demande en quoi peuvent bien constituer ces activités, si elles sont utiles et si elles existent véritablement. L'après-midi, ceux qui ne font pas la sieste ou n'ont pas de visites passent tout l'après-midi assis dans la salle de télé ouverte sur le refectoire. Les enfants de Clothilde viennent la voir tous les après-midi à tour de rôle. J'ai révisé mon jugement les concernant. Tous les patients n'ont pas cette chance-là.

Ils sont vieux et malades. Que peuvent-ils espérer? La mort, me disent-ils eux-mêmes, enfin pour les plus sensés et pour ceux qui se sentent vraiment abandonnés. Il y a ceux qui sont certainement au-delà de toute pensée.
Quelques-uns reviendront chez eux, chez leurs enfants, dans une maison de retraite ordinaire. La minorité.

Au lieu de financer des armes par exemple, de construire des édifices de luxe pour millionnaires, des jardins d'Eden indécents,  si l'argent était employé à embaucher des chômeurs pour améliorer les conditions de vie des plus nécessiteux, des orphelins, des victimes, des plus faibles, des plus malades, des vieux, de tous les oubliés des sociétés occidentales. Rêvons...


**
Il y a deux jours, alors que je venais d'arriver à la clinique, une jeune infirmière revêche et renfrognée m'a apostrophée:

- Qui êtes-vous? Vous n'avez rien à faire là. Les visites se passent en chambre.

-Il serait temps de me prévenir, cela fait au moins 10 jours que je viens vois Clothilde ici.

-C'est marqué partout. Vous n'avez  qu'à lire.

Après verification, il y a une affichette effectivement collée dans l'ascenseur qui renseigne sur le protocole des visites. Je ne lis pas toutes les affichettes, pas le temps, pas envie. Jusqu'à maintenant, tous les membres du personnel, plutôt aimables et souriants n'ont pas semblé gênés par ma présence. Il faut dire que les enfants de Clothilde ont fait part de leur mécontentement et ont exigé que Clothilde soit habillée avec ses propres vêtements par exemple.

On ne m'a pas prise pour une patiente, non, un arrangement muet peut-être, elle est là, elle surveille. Je comprend cependant que la présence des familles puisse nuire au bon fontionnement du service. Des jalousies peut-être vis-à-vis de Clothilde aussi. "Elle a quelqu'un tous les jours et pas moi". Et puis, les patients me prenaient pour quelqu'un du service forcément et me sollicitaient régulièrement.

Depuis, je passe deux heures avec Clothilde dans sa chambre. Son placement est imminent et ses hallucinations en augmentation.

***

Cela fait 3 jours que les filles de Clothilde ou moi lui enlevont sa couche quand nous allons la voir.

-Vous n'êtes pas incontinente, Clothilde. 

Aujourd'hui, elle a refusé de l'enlever et n'a pas voulu me dire pourquoi. La force-t'on la matin à en mettre une? La plupart du temps, elle n'a pas de soutien-gorge. Les autres femmes non plus d'ailleurs, trop long à mettre sûrement. Elle en est gênée et affectée. Comme elle a maigri, ses seins tombent un peu plus. Je lui mets quand j'arrive dans l'après-midi.

Un patient, bel homme pas si âgé, une barbe nette sur un visage rond et lisse, élégamment vêtu, crie un jour sur deux.

-Maman! Maman! maman! maman!


-Gaelle! Gaelle! Gaelle!(je change les noms et les descriptions physiques, évidemment!)


-Non! Non! Non! Non! Non! Non! Non!


-Maman! Maman! Maman!


Et ça dure tous l'après-midi.


Une vieille dans un fauteuil crie presque en permanence, un cri aigu et prolongé, presque une sorte de chant ressemblant au cri du paon, me semble-t'il. Des patients  la houspillent, l'insultent et s'énervent.

Une femme sans âge et aux cheveux fortement décolorés passe son temps à rassurer les autres.

-Bon. Tu es là. Il faut te calmer. c'est comme ça. ça va aller, tu verras...

Et toutes les 10 minutes, va essayer d'ouvrir une porte vitrée donnant sur la pelouse. 


Clothilde va mieux et se sociabilise. Après sa gastro, elle a repris des couleurs et devrait reprendre quelques kilos. Elle s'intèresse aux autres, souvent plus atteints qu'elle dans leurs pathologies. Nombreux sont ceux qui ont passé des années en hôpital psychiatrique. Elle commente, raconte, explique et c'est positif par rapport à son isolement et l'apathie dont elle faisait preuve dans son immeuble. Elle critique, juge, se plaint, se rassure,  rit. Une sorte de réveil provoqué par la présence des autres. 

Il me semble qu'elle pourra s'habituer facilement à la maison de retraite. Elle communique et elle fait des choix. ça ne parait rien, mais pour elle, faire des choix, décider! Depuis combien de temps ne décidait-elle plus de  rien? Même sa place à table, elle veut la choisir au lieu de se laisser mener comme un zombi endormi.

Elle évite les hommes qui cherchent à lui toucher les genoux et à remonter les mains sous  sa jupe. il n'y a pas d'âge pour la lubricité. Certains ne parlent que de ça ou sont muets. ça dépend des jours. Elle évite les femmes qui perdent trop la tête. Elle répond à ceux qui lui parlent, et elle engage des conversations.

Ses hallucinations en augmentation au début de son séjour diminuent, mais elle ne peut indéniablement plus rester seule. J'ai changé mes horaires puisque je ne suis plus souhaitée dans la salle, peut-être depuis que ses enfants se sont plaints. J'arrive plus tôt, l'amène gôuter au réfectoire et retourne l'attendre dans sa chambre.

****
Mardi,

Clothilde ne parlait plus dans son immeuble et manquait de relations sociales. Je lui arrachais les sourires et les mots, et pourtant, elle m'aimait bien. Elle devient bavarde, un peu exubérante mais comprend bien ce qu'on lui dit et sa mémoire me parait mieux fonctionner. Elle continue à me raconter tout ce qu'elle a fait ou remarqué dès que j'arrive et sans que j'ai besoin de la solliciter.  On dirait qu'elle a oublié combien elle déprimait dans son appartement. Ses hallucinations sont surtout visuelles et elle n'a plus la mémoire du temps.

-Cela fait un an que je suis là, m'a- t'elle dit hier.

-Un mois, à peine, serait plus juste.

-Non! je vous dit que ça fait un an.

Elle a des vertiges, dus à des problèmes de tension générés par la prise de médicaments censés retarder l'évolution  de la maladie de Parkinson. Elle prend toujours du tranxène et en a certainement besoin. J'ai lu dans le Monde que les neuroleptiques administrés aux patients faisaient diminuer leur espérance de vie.

Quelques patients crient régulièrement et il est fort probable qu'on les assomme le soir pour qu'ils laissent dormir leurs voisins. Difficile de faire autrement! 

J'ai assisté à deux conflits. A deux reprises, un homme a viré deux autres patients qui s'étaient installés dans sa chambre. Il l'a fait sans ménagements, commençait à en venir aux mains avec l'un et a donné un coup de pied à une autre,  à ces patients qui errent, incapables de se souvenir de l'emplacement et du numéro de leur chambre. Il y avait des membres du personnel dans une salle à part. Ils ont entendu, j'en suis sûre, leur porte était ouverte. Pas un n'est venu jeter un coup d'oeil. La lassitude ou l'indifférence?

Si mon beau-père ou ma mère perdait la tête et se trouvait dans ce genre d'établissement, je ne trouverais pas normal qu'ils puissent se faire maltraiter par d'autres patients sans que le personnel ne réagisse.

Clothilde a un prétendant et me l'a montré. Elle ne s'est pas rendu compte que c'était l'un des hommes qui criait souvent quand il est "en crise".  J'ai préféré la prévenir. Elle s'est montré déçue. Le médecin est venu lui parler en ma présence de ses troubles et de son départ proche pour la maison de retraite. Elle commence à s'y résoudre. Elle rit souvent, ce qu'elle ne faisait plus. Les relations sociales s'avèrent indispensables pour le moral, même pour des gens très malades, et l'espace, cet espace qui manque tant dans les petits appartements et dans les maisons quand on commence à s'handicaper.

-Quand je m'ennuie, je vais en bas, dit-elle.

Elle n'a qu' un couloir à traverser pour pénétrer dans le refectoire et la salle de télé, c'est ce qu'elle appelle le bas.

-Quand j'en ai marre des autres, je reviens là.

Quand je suis partie, un femme pleurait devant la porte du monsieur pas si âgé et élégant. Je l'ai regardé et lui ai dit au revoir. Elle pourrait être sa femme, sa soeur. Il me parait trop jeune pour être son père. Je n'ai pas osé aller lui parler, et elle aurait eu besoin peut-être, que quelqu'un lui parle. Demain, je lui parlerai.

*****

Les après-midi  passés avec Clothilde se suivent et se ressemblent.

Des départs, des entrées. Un nouvelle femme, installée sur un fauteuil dans sa chambre parle fort, sans crier et sans relâche d'une voix monotone.

-Je suis prisonnière, je suis prisonnière, je suis prisonnière

-Au secours! Au secours! Au secours!

-Je veux sortir! je veux sortir! je veux sortir!


Grégoire est toujours là et arpente les couloirs toute la journée ou s'assoit à l'écart. Les autres l'évitent. Il est entré dans la chambre de Clothilde et nous a serré la main.

-je vais vous poser une question.

-Vous nous l'avez déjà posée.

-Connaissez-vous la réponse?

-Les seins peut-être? je me tourne vers Clothilde qui rigole. Quoique les hommes aussi ont des seins! Qu'en pensez-vous?

Il parait décontenancé. Je ne connais pas la réponse, me dit-il.

-Vous posez toujours la même question et vous ne savez pas la réponse?

-Quelle était la question? me demande -t'il.

Tous les jours, des patients se trompent de chambre. Le nom sur les portes éviterait peut-être à quelques- uns de s'égarer.

Hier, Clothilde s'est mise en chemise de nuit et s'apprêtait à faire sa nuit quand je suis arrivée à 15 heures 30. Quelqu'un a eu la bonne idée d'afficher un calendrier dans sa chambre. Elle n'a pas conservé sa montre à cause des vols. Des menbres du personnel ferment les chambres à clefs dès qu'elles sont vides, d'autres ne se donnent pas cette peine. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas de pendules dans chaque chambre. Sans notion du temps qui passe et sans l'heure,  Clothilde confond les différents moments de la journée. Si peu qu'elle ait somnolé, elle ne sait plus si c'est le soir ou le matin.

Il faut encore avoir l'idée de lire la pendule bien sûr. Certains sont au-delà de toute attention.  La femme qui s'est faite ejecter d'une chambre déambule, elle aussi, avec ce refrain éternel, je ne sais pas où est ma chambre. Je ne me rappelle plus. Elle continue à rentrer dans n'importe quel chambre, à en défaire le lit et à s'y allonger. 

Clothilde n'a plus peur de Joseph et ose s'assoir à ses côtés pour le goûter.Il est moins grivois et a retrouvé le sourire. Il ose un conseil parfois. Certains de ceux qui étaient déjà là quand Clothilde est arrivée vont mieux, c'est indéniable. Ils ont retrouvé le sourire, ou simplement, se sont résignés et sont plus calmes.

Derrière la vitrine striée de bandes de peinture blanche, donnant sur le refectoire et la salle télé, le bureau des médecins et  des infirmiers. Je suppose qu'ils observent et prennent des notes sur le comportement social des patients.

Clothilde me dit parfois:

-Ils sont tous plus ou moins dingos ici.

Presque tous les patients nient leurs maladies.

Une femme s'est approchée de moi et m'a dit en hôchant la tête:

-Ils disent du mal de moi, je le sais.

 

Tag(s) : #Textes en prose
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :